chat Les descendants du dernier empereur de Prusse, Guillaume II, expropriés par l’Union soviétique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, réclament une partie de leur héritage. Le conflit porte aussi sur le rôle joué par la famille Hohenzollern lors de l’arrivée des nazis au pouvoir.

Pendant cinq ans, les deux parties ont négocié dans la plus grande discrétion. Jusqu’à la fin de non-recevoir adressée très officiellement par écrit par l’Etat fédéral à la famille Hohenzollern à la mi-juillet. Une copie de ce courrier ayant fuité dans la presse, c’est sous le regard incrédule de l’opinion que les descendants de Guillaume II, le dernier empereur de Prusse, tentent désormais de faire valoir leurs «droits». Une réunion de crise entre l’Etat et la famille s’est tenue cette semaine sans succès, et un procès semble désormais probable. L’affaire relance le débat sur l’indemnisation des victimes du régime communiste et sur le rôle de la famille impériale lors de l’arrivée des nazis au pouvoir.

La famille Hohenzollern est l’une des plus anciennes familles de la noblesse allemande. Ses aînés ont régné sur l’Allemagne, la Prusse, la Roumanie et sur quantité de duchés, sans discontinuer à partir de 1204, jusqu’à la révolution de 1918 qui contraint l’empereur Guillaume II à l’exil. Il meurt à Doorn, aux Pays-Bas, en 1941.

Fortune épargnée par la révolution

La fortune de la famille – colossale – est d’abord épargnée dans le sillage de la révolution de 1918. La nouvelle République va même jusqu’à expédier à l’ancien empereur, aux Pays-Bas, l’intégralité de son argenterie et lui versera à partir de 1924 une rente mensuelle de 50 000 marks, après avoir restitué 97 000 hectares de terres et plusieurs châteaux à la famille. Les choses changent avec l’arrivée des Soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans ce qui allait devenir la RDA. Les Hohenzollern, considérés comme «criminels de guerre», sont expropriés. Ils perdent leurs châteaux et quantité d’œuvres d’art.

Trente ans après la chute du Mur, le prince Georg Friedrich von Preussen, 43 ans, chef de la maison Hohenzollern, veut réparation. Il réclame aujourd’hui le droit de loger au château de Cecilienhof à Potsdam (célèbre bâtisse aux allures de maison de campagne anglaise ayant abrité la conférence de Potsdam entre Staline, Churchill et Truman, qui scelle la partition de l’Allemagne à la fin de la guerre), revendique la propriété de milliers d’œuvres d’art pour la plupart exposées dans les musées berlinois et réclame 1,2 million d’euros de compensations au Land de Brandebourg, la région qui entoure Berlin, pour les biens expropriés. Voir l'enquête du Temps