Vivons nos temps

21 mai 2019

Les tâches domestiques, angle mort de l’économie

tache Le travail non rémunéré représente un des pans essentiels au fonctionnement d’une économie. Pourtant, il n’est jamais considéré comme une activité productive et laisse les femmes, qui en réalisent la majeure partie, dans des situations plus précaires.

«Quand Adam Smith trouvait son dîner servi sur la table, il ne se disait pas que c’était parce que son boucher et son boulanger l’aimaient bien – mais que c’était dans leur intérêt de faire du commerce. L’intérêt personnel avait posé le dîner d’Adam Smith sur sa table. A moins que… Qui en réalité avait préparé ce steak?» Sa mère, avec qui il a vécu presque toute sa vie et qui s’est occupé de toutes les tâches ménagères du célèbre économiste, raconte Katrine Marçal, autrice d’un essai intitulé Le Dîner d’Adam Smith* sur l’économie et les femmes. Si ce dernier lui en a été reconnaissant, il n’en a nullement tenu compte dans ses écrits.

Lire l'article lié: Reconnaître le métier de mère au foyer, oui, mais comment?

Pourtant, pour que le système économique qu’Adam Smith est en train de décrire fonctionne, il doit reposer sur une autre économie, invisible dans la plupart des statistiques et, surtout, gratuite. Une économie que des femmes essentiellement font tourner: les travaux domestiques. Faire le ménage, élever des enfants, prendre soin des personnes âgées, rien de tout cela n’a été considéré comme une activité productive aux yeux de la plupart des théoriciens de l’économie. Et pourtant, c’est précisément parce qu’une partie de la population se consacre au ménage que l’autre partie peut s’occuper du «vrai» travail qui rapporte.

Lire notre éditorial: Le travail non rémunéré, foyer des inégalités

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Le web est mort, vive le web: le Mapping Festival imagine un monde sans internet

web Dans l’exposition «The Dead Web - La fin», huit artistes figurent la chute – et la fin – d’internet. Elle est en tête d’affiche de la 15e édition du Mapping Festival, qui s’ouvre ce jeudi à Genève.

Imaginez: un monde sans internet. En 1994, alors que le web n’a que 5 ans, un essai intitulé Pandora’s Vox l’envisageait déjà. Prophétique, l’auteure Carmen Hermosillo anticipait un âge où l’intelligence collective détournait le réseau à des fins mercantiles. Gangrené par la surveillance des Etats, exploité par des entreprises aux pouvoirs tentaculaires, démantelé à des fins politiques, le web laissait derrière lui des carcasses vides de serveurs informatiques. Des pistes exploratoires dans lesquelles plonge, à son tour, l’exposition The Dead Web – La fin, tête d’affiche de la 15e édition du Mapping Festival, consacré aux arts numériques, à partir du 23 mai à Genève.

Comme la perte d'un proche

A travers cette exposition à voir jusqu’au 2 juin, le grand raout célèbre donc le 30e anniversaire du web en l’enterrant. Ou plutôt en figurant cet au-delà numérique. «Dans l’imaginaire collectif, internet est un acquis. Au fil du temps, nous avons développé un rapport très émotif avec ce réseau qui nous connaît mieux que nous-mêmes. Pour plusieurs, la mort d’internet aurait potentiellement le même effet que la perte d’un proche.» A Montréal, Nathalie Bachand a été commissaire de l’exposition, coproduite avec l’organisme québécois Molior pour sa diffusion internationale. The Dead Web – La fin réunit huit propositions artistiques sur la chute des internets, en évitant l’écueil de présenter des œuvres exclusivement technologiques.

«Il y a de la sculpture, de la peinture à l’huile. Le mélange des diverses pratiques artistiques instaure un dialogue intéressant», poursuit Nathalie Bachand. L’exposition matérialise l’immatériel. Elle joue avec le temps dans toutes ses dimensions. Certaines œuvres parlent d’obsolescence, d’autres, à l’inverse, d’immortalité des contenus. En savoir plus

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«La douleur chronique déchire la vie»

migr&aine Un cinquième de la population en souffre, à des intensités diverses. Quand elle s’installe, la douleur rebelle chamboule toute l’existence. Comment se libérer de son emprise? Le sociologue David Le Breton a mené l’enquête.

«Quand la douleur qui me vrille le crâne s’arrête une heure ou deux dans la journée, c’est comme si j’étais au paradis. […] Si vous n’avez aucune douleur, ni aucune maladie, vous êtes au paradis. Avant, je ne le savais pas.» Elise, 19 ans, atteinte de violentes céphalées, a recours à une image courante chez les douloureux chroniques pour évoquer leur calvaire. L’enfer, rien de moins. Son témoignage, parmi d’autres, est recensé dans le dernier ouvrage du sociologue et anthropologue français David Le Breton, «Tenir. Douleur chronique et réinvention de soi» (Ed. Métailié). Une enquête fouillée sur le chemin de croix qui s’impose à environ 20% de la population européenne (lire l’encadré). A des degrés divers, bien sûr, mais qui représente toujours un défi existentiel.

Car contrairement à la sensation pénible qui attire l’attention sur un danger (une brûlure sur une plaque chauffante, par exemple) ou qui sert d’outil au diagnostic médical, la douleur chronique est inutile. Persistant au-delà de trois mois, rebelle aux traitements antalgiques, elle détériore les capacités fonctionnelles et émotionnelles des patients, selon sa définition officielle. D’alliée au service de la santé, elle devient l’ennemie à combattre. La suite de ce dossier

Photo : medisite.fr

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Biologie du capitalisme. Barbara Stiegler « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique.

bio A la lumière du débat entre John Dewey et Walter Lippmann, B. Stiegler met au jour les impensés biologiques et évolutionnistes du néo-libéralisme, qui s’est fondé sur l’exigence d’adaptation de l’espèce humaine à un environnement en perpétuelle mutation.

A écouter la plupart des responsables politiques, dirigeants d’entreprises ou de hauts fonctionnaires, dans un monde en constante « évolution », en pleine « mutation », nous serions toujours « en retard » : il faudrait ainsi évoluer, créer de la mobilité, s’adapter. Quelles seraient les sources intellectuelles de ces injonctions qui colonisent la vie publique ? Comment ce lexique biologique est-il venu à s’imposer dans la vie politique, au point de se banaliser et d’effacer les traces de ses origines ? Afin d’y répondre, Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique à l’Université de Bordeaux, propose une généalogie très éclairante de l’adaptation comme catégorie centrale du néolibéralisme. Dans la lignée de Michel Foucault, Stiegler met ainsi au jour les références biologiques et évolutionnistes du renouveau du libéralisme, ce dernier s’étant refondé précisément à travers l’idée de la nécessité de l’adaptation de l’espèce humaine à un environnement en mutation.

Pour ce faire, Stiegler privilégie le débat philosophico-politique qui s’est déroulé dans la première moitié du XXe siècle entre le philosophe pragmatiste John Dewey et l’influent essayiste Walter Lippmann, notamment conseiller du président Wilson, surtout connu pour le colloque Lippmann, tenu à Paris en 1938, où le concept de « néolibéralisme » serait prononcé pour la première fois. Bien identifié dans la littérature politique américaine des années 1990, le Lippman-Dewey debate sert à Stiegler de boussole pour cerner les deux pôles d’une opposition théorique concernant le sens politique de l’adaptation de l’espèce humaine à son nouvel environnement. Dès lors, on voit comment le problème central de l’adaptation, déjà posé par Spencer et Darwin à partir des années 1850, est élaboré dans deux voies opposées, celle d’un néolibéralisme disciplinaire, soucieux d’adapter les individus à un environnement capitaliste, et celle d’un pragmatisme démocratique qui privilégie l’expérimentation et l’intelligence collectives. Les réflexions de Lippmann et de Dewey sur l’adaptation incarnent ainsi deux idéaux-types opposés susceptibles d’être reconduits jusqu’à aujourd’hui, ce qui donne toute sa puissance au projet généalogique de Stiegler. On tentera ici d’en dégager les grandes lignes, avant de l’interroger sur la généalogie de « l’environnement » auquel il « faut » s’adapter, ainsi que sur la manière dont elle entend renouveler la lecture foucaldienne du problème. 

Voir l'analyse de Ferhat Taylan, chercheur postdoctoral en philosophie à l’Université de Liège. Il est l’auteur de Mésopolitique. Connaître, théoriser et gouverner les milieux de vie (1750-1900), Éditions de la Sorbonne, 2018

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La littérature pour quoi faire ? Florent Coste "Explore. Investigations littéraires"

explore Comment la littérature peut-elle fabriquer du politique ? Comment configure-t-elle le monde social ? Il faut la considérer, explique F. Coste, comme une attention au monde pour comprendre ce qui rend les œuvres performatives.

D’emblée, l’objet intrigue. La photographie de couverture donne à voir un bâtiment abandonné sur une plage, au bord de la mer, peut-être un ancien établissement balnéaire, du genre bar-restaurant sur pilotis. Les rambardes des escaliers extérieurs sont rouillées, comme la structure d’une ancienne pergola qui occupe tout le toit-terrasse. Sur le bleu du ciel se détachent en rouge et blanc le nom de l’auteur et le titre du livre : Explore. Investigations littéraires. Drôle d’habit pour un ouvrage de critique littéraire, signé par un jeune spécialiste de littérature médiévale, membre de l’École française de Rome. Explore ? On a mis du temps à comprendre qu’il s’agissait de l’impératif du verbe explorer : Explore ! Ou plutôt, on l’a confondu avec son homographe et homonyme anglais, « explore ». Allez savoir pourquoi : ce bâtiment abandonné au bord de la plage, dont l’accès semble interdit par un grillage (mais on devine, au premier étage, entre des pilastres noyés d’ombre, la silhouette d’un homme), ce bâtiment désaffecté, on l’a associé au nom de la collection, en bas à droite de la couverture : « Forbidden beach ». Explore the forbidden beach ? « Forbidden beach » est pourtant le nom d’une « collection de poétique, au sens large », dirigée depuis 2010 par le poète et théoricien Christophe Hanna, dont les textes « explorent la possibilité de nouveaux modes de fonctionnement et d’inscription sociale pour des objets de création ». Explorer, donc : on a enfin compris. On peut commencer.

La littérature en exercices

judith Le livre déroule une série d’exercices, sept au total, depuis un « portrait du lecteur en ethnographe », jusqu’à « la littérature pour de vrai ». Sept exercices, et non sept chapitres, car il va souvent s’agir de recommencer la même chose, en suivant un parcours différent. Chaque exercice est adressé au lecteur, à la deuxième personne du singulier et souvent à l’impératif : « Imagine », « Rappelle-toi », « Vois-tu »… Les métaphores sportives sont omniprésentes : échauffement préparatoire, étirement, « mise en jambe remobilisatrice », cure de minceur, séance (de sport, pas de psychanalyse), jusqu’au dernier exercice où il est franchement question de course à pied, d’engagement, d’effort, d’ascèse, de solitude, de dépassement de soi, d’échappée. La théorie littéraire à l’ère du coaching généralisé ? En 2012, Joshua Landy, professeur de littérature comparée à Stanford, avait proposé dans How to Do Things with Fictions d’investir la littérature — en particulier les textes de fiction les plus difficiles — comme un terrain d’entraînement propre à renforcer et étendre nos capacités cognitives. Le lecteur qui s’affronte aux textes les plus résistants en reviendra mieux armé, plus compétent. Au « tournant éthique » de la critique littéraire, qui insiste surtout sur la puissance formatrice des œuvres et sur les formes d’expérience morale permises par la fréquentation des mondes de fiction, J. Landy opposait une pragmatique de la lecture littéraire toute tournée vers l’exercice mental du déchiffrement et de l’interprétation. Il s’agissait surtout de libérer l’enseignement de la littérature de l’obsession du message du texte pour insister sur la valeur cognitive de l’expérience inséparablement formelle et spirituelle de la lecture d’un texte, même paradoxal, immoral, voire immoraliste, contradictoire, plurivoque. Voir l'analyse de Judith Lyon-Caen, ancienne élève de l’ENS-Ulm, agrégée d’histoire, Judith Lyon-Caen et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

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Boursicoter à la maison. Alex Preda " Noise. Living and Trading in Electronic Finance"

noise Alex Preda propose une ethnographie des nouvelles pratiques des traders amateurs dans le cadre de clubs de trading ou par le biais de plateformes électroniques. Il démontre notamment que cette activité d’apparence mineure permet de pérenniser le système financier.

Avec Noise, Alex Preda fait l’ethnographie des traders amateurs, ces individus qui effectuent des transactions sur les marchés boursiers pour leur compte propre et non dans le cadre d’un travail salarié, et dont les opérations sont en outre quotidiennes ou presque, par opposition aux investisseurs particuliers dont les opérations sont plus rares. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il est rare de gagner durablement des montants conséquents en s’adonnant au boursicotage en ligne ; c’est le contraire qui prévaut. Après un aperçu des innovations techniques ayant rendu possible l’émergence de la forme moderne du boursicotage, A. Preda s’attache donc aux formes que prend la vie sociale sur les marchés électroniques pour expliquer que, malgré son irrationalité économique, le trading en ligne perdure.

La montée en puissance du trading amateur

Noise raconte l’histoire récente du trading amateur, avatar du boursicotage à l’heure de l’informatisation des marchés financiers et du triomphe de l’industrie financière dans l’économie mondiale. Malgré de courtes remarques sur les modifications réglementaires touchant les produits accessibles aux traders particuliers, sur les conditions financières exigées pour la participation aux marchés à terme, sur l’usage de l’effet de levier, ou sur la fiscalité, c’est le versant technologique qui est plus développé. Noise montre des acteurs sociaux qui réagissent aux opportunités que leur ouvrent de nouvelles technologies, en fonction de leurs capacités personnelles et de leurs capitaux. Voir l'analyse de Pierre de Larminat, docteur en sociologie de l’Université de Reims-Champagne-Ardenne, Pierre de Larminat a étudié les pratiques de gestion de l’incertitude dans les professions financières

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Les lobbies vus par les sciences sociales

lobbies Les lobbies semblent à travers les scandales récurrents et fortement médiatisés pervertir le processus de décision politique, en particulier à l’échelon européen. Dévoiement de la démocratie ou relais de la société civile ? Les sciences sociales analysent leur rôle dans toute sa complexité.

Environnement, commerce, fiscalité, internet : peu de domaines semblent échapper à l’emprise des lobbies dont la visibilité médiatique s’accroît à l’occasion « d’affaires » : lobby du tabac qui aurait poussé à la révocation du commissaire européen à la santé John Dally en 2012, lobby de l’industrie chimique luttant contre la classification du glyphosate en produit cancérogène en 2015, critique à l’égard de l’ancien président de la Commission Européenne José Manuel Barroso travaillant pour Goldman Sachs en 2016, lobbies des chasseurs évoqués lors de la démission de Nicolas Hulot en 2018… Souvent dénoncés comme pervertissant l’action des pouvoirs publics, parfois défendus, notamment par les lobbyistes eux-mêmes, comme relais de la « société civile », leur action est généralement appréhendée comme une influence historiquement nouvelle du secteur privé sur la décision publique, souvent sur le mode de la corruption. En documentant leur fonctionnement, leurs résultats concrets et leur diversité, les sciences sociales permettent d’appréhender la réalité du lobbyisme dans toute sa complexité.

L’analyse des lobbies dans les sciences sociales

Si c’est seulement à partir de la fin des années 1980 que les termes de lobby et de lobbying ont été utilisés dans la littérature économique et sociologique en France, les notions proches de « groupes d’intérêt », « groupe d’influence » ou « groupe de pression » ont fait l’objet de recherches dès les années 1950. Objet de débats, la définition généralement admise présente les lobbies comme des groupes cherchant à influencer le pouvoir. Mais les définitions des lobbies sont souvent exclusives : ils se différencient des partis politiques dans la mesure où ils ne présentent pas des candidats aux élections et ne cherchent pas à conquérir l’exercice direct du pouvoir [1]. Certaines définitions ne comprennent pas les agences administratives ni les corps de fonctionnaires et la plupart excluent les mouvements sociaux. L’Union européenne incorpore les syndicats de salariés en tant que « groupe d’intérêt » dans son registre de transparence, contrairement à la France. La loi Sapin 2 parle quant à elle de « représentants d’intérêts », et les définit comme un organisme ayant « pour activité principale ou régulière d’influer sur la décision publique » notamment sur le contenu d’une loi. Voir l'analyse de Charles Mercier,  professeur de Sciences Economiques et Sociales au Lycée français de Vienne (Autriche).

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L’enVERT de Bordeaux, la consommation responsable à portée de tous

velo L’enVERT de Bordeaux, c’est une balade urbaine à la rencontre des commerçants, associations ou organisations bordelaises qui œuvrent pour une consommation responsable à la portée de tous.

Accompagnés de Pauline ou de Sandrine, participez à cette balade de 2h au cœur de Bordeaux, et à travers 5 étapes, découvrez des initiatives en matière de mobilité, énergie, alimentation ou encore zéro déchet.

Bordeaux regorge d’initiatives et de solutions concrètes pour changer notre façon de consommer au quotidien. Les commerçants et les entrepreneurs que vous rencontreraient au fil de la balade, vous présenteront leur engagement. Ils vous partageront leurs astuces et bons plans pour ancrer dans votre quotidien de nouveaux comportements de consommation.

Alors que vous soyez simple curieux ou en pleine transition écologique, rejoignez nous pour une visite originale et conviviale. Nous aurons beaucoup de plaisir à vous guider dans les rues de Bordeaux pour découvrir la ville autrement, sous l’angle de la consommation responsable. Découvrir l'autre ville 

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20 mai 2019

Les métamorphoses de Lovecraft

lovecraft Rarement un auteur aura autant été associé à son œuvre, malgré lui. Mais le créateur du «Mythe de Cthulhu» revient en homme de son temps.

L’image est tenace: Howard Phillips Lovecraft aurait vécu en reclus à Providence, dans l’Etat de Rhode Island, ne mangeant que de la glace à la vanille, ou presque. Un homme torturé, inquiet, qui a construit une cosmogonie remplie d’êtres aux noms imprononçables, de dieux anciens – et même très anciens – extraterrestres, tellement puissants que leur simple connaissance rend les hommes fous. Ils ont pour nom Cthulhu, «celui qui attend en rêvant», Nyarlathotep «le chaos rampant», Yog-Sothoth «le tout en un et un en tout» ou encore Shub-Niggurath «la chèvre noire des bois aux mille chevreaux»…

Peu de textes ont suscité autant de suiveurs et de pasticheurs, de plagiaires aussi. Ni autant de contresens, voire d’incompréhension. Dès sa mort, on a reconstruit l’œuvre de Lovecraft, mais aussi sa vie, au point qu’il est difficile, entre la légende et l’histoire, de retrouver à la fois le créateur et ses créations. Une monographie collective bienvenue fait le point des recherches actuelles, sur l’homme, son œuvre et son univers. L’ouvrage, dirigé par Jérôme Vincent et Jean-Laurent Del Socorro, est dense, mais ses 460 pages s’adressent aussi bien aux lecteurs expérimentés qu’aux néophytes. Signe des temps, les fonds pour l’édition de Lovecraft, au cœur du cauchemar ont été levés par un financement participatif. Signe de l’intérêt toujours grand porté à l’écrivain, le livre a été couvert à 545%... La suite du reportage

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Le basculement de la morale vers la censure, selon la philosophe Carole Talon-Hugon

art Tandis qu’une énième polémique agite le Festival de Cannes, la philosophe Carole Talon-Hugon interroge la nouvelle moralisation de l’art: les artistes ne sont-ils pas de plus en plus nombreux à être sommés de rendre des comptes ?

L’affiche du Festival de Cannes 2019 a beau représenter une fringante Agnès Varda en train de se servir d’un homme comme escabeau, les programmateurs ont beau avoir fait leur possible pour ménager toutes les sensibilités, la polémique n’a pas tardé à arriver, sous forme de pétition… Au total, 18 000 signatures réclament l’annulation de la Palme d’or d’honneur que recevra Alain Delon, le 19 mai, en raison des propos «sexistes, racistes et homophobes» qu’il a tenus dans le passé.

Cet appel au boycott s’ajoute à une longue liste ayant déjà réclamé l’annulation d’une pièce d’Eschyle dans une université, le décrochage d’un tableau de Balthus dans un musée, le retrait du conte du Petit Chaperon rouge dans la bibliothèque d’une école, pour n’en nommer que quelques-uns.

art sous Dans L’Art sous contrôle (PUF), Carole Talon-Hugon, philosophe et spécialiste des questions éthiques dans l’art, s’interroge sur ce courant qui tend à confondre de plus en plus critique et censure, ou encore création et moralisation… Au risque de desservir la moindre cause ?  La suite

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