eymet Le putsch raté de juillet 2016 a fourni au pouvoir turc l’occasion d’un gigantesque contre-coup d’État. Le régime de Tayyip Erdoğan, qui cherche à mettre au pas de vastes secteurs de la société civile, parviendra-t-il à gagner sa guerre culturelle contre l’université ?

Même si la dérive autoritaire du chef de l’État et de son parti (l’AKP, le Parti de justice et du développement, dont Tayyip Erdoğan est redevenu le président en mai 2017), au pouvoir depuis 15 ans, s’est accélérée après la tentative de putsch, elle s’inscrit dans la continuité de l’autoritarisme propre à la République de Turquie. Elle est aussi facilitée par le caractère autoritaire des institutions léguées par les auteurs du coup d’État de 1980 et par les penchants autoritaires, xénophobes et violents qui travaillent profondément certaines parties de la société turque contemporaine. Le pouvoir total de Tayyip Erdoğan s’est consolidé, ces dernières années, parce que les politiques autoritaires et conservatrices du gouvernement répondaient à des aspirations similaires dans la société. C’est pourquoi l’autoritarisme régnant en Turquie est non seulement populiste, mais aussi en partie populaire et s’inscrit dans une guerre culturelle qui perdure depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, cet autoritarisme islamo-nationaliste essaye de reproduire son hégémonie en alimentant une haine des élites et des intellectuels, notamment des universitaires, des journalistes, des écrivains et des artistes laïcs, occidentalistes, démocrates ou tout simplement de gauche. Voir l'analyse d'Ahmet Insel, docteur en économie de l’Université Paris1. Professeur en retraite de l’Université Galatasaray. Actuellement directeur éditorial des éditions Iletisim à Istanbul et chroniqueur dans le quotidien Cumhuriyet.