jeunes Fondé sur une approche ethnographique, un ouvrage collectif étudie les mutations subies par les jeunes issus des classes populaires : la précarité, le sentiment de déréliction et l’espoir de promotion individuelle s’associent chez eux à une vision ethnicisée des rapports sociaux.

"J’peux plus exister là
J’peux plus habiter là
Je sers plus à rien — moi
Y’a plus rien à faire"

C’est par ces paroles que Bernard Lavilliers, lui-même ancien apprenti métallurgiste, décrivait dans sa chanson Mains d’or (2001) un ancien travailleur devant son usine fermée. En effet, que reste-t-il au monde ouvrier quand le lieu de ses souffrances, mais aussi de son identité, disparaît ?

C’est à cette question brutale que s’attèle l’ouvrage interdisciplinaire dirigé par Stéphane Beaud et Gérard Mauger. Celui-ci s’appuie, comme rappelé par les deux auteurs (p. 7), sur un paradoxe des sciences sociales françaises. D’une part, il y apparaît un regain d’intérêt, notamment en sociologie, pour le monde du travail. D’autre part, la notion même de « monde ouvrier », ensemble doté d’une certaine cohérence, notamment symbolique, est progressivement évacuée par le pluriel des « classes populaires ».

Les deux auteurs se concentrent sur les couches les plus jeunes de ce monde ouvrier en crise. Ce n’est pas un hasard : les mutations du capitalisme français ont créé une rupture béante entre les travailleurs ayant connu le compromis fordiste des années d’après-guerre et leurs enfants et petits-enfants qui ont subi d’incessantes transformations économiques. Voir l'analyse d'Ismaïl Ferha, doctorant à l’IEP de Paris sur le Parti socialiste et le monde enseignant entre 1971 et 1992. Il est maître de conférences à l’université de Picardie Jules-Verne