chute Chère Julie,

Aujourd’hui nous sommes le 29 décembre 2070, et je te souhaite un joyeux anniversaire. J’ai, enfin tu as, enfin nous avons 75 ans ! Je sais que t’es très étonnée de recevoir cette lettre parce que – bah déjà je t’écris du futur et c’est pas chose courante – mais aussi parce que tu ne pensais pas vivre si longtemps. Eh bien félicitations, tu l’as fait ! Attention, ne te méprends pas, tout n’a pas été tout rose dans ta vie, et le monde que t’as connue quand t’étais petite est loin d’être celui dans lequel j’évolue aujourd’hui. Mais à
bien des égards, la vie est plus douce que celle que tu imaginais quand tu étais jeune.

Quand la finance s’est effondrée en 2021, l’argent a commencé à perdre de sa valeur. Petit à petit, l’Etat a perdu le contrôle en essayant de se maintenir à tout prix. Un acharnement thérapeutique à la faveur de la croissance, de l’accumulation, la compétition, la souffrance et le darwinisme social, qui n’a pourtant pas suffit à faire perdurer le capitalisme. Et c’est là que tout s’est effondré. La chute de la société thermo-industrielle a été prétexte à des lois toujours plus liberticides, injustes et anti-démocratique, et finalement, l’éveil
citoyen que tu attendais de pieds fermes est arrivé, quand nous n’avons eu plus d’autre choix que de nous battre, nous révolter, désobéir.

T’étais pas là pour le vivre, tu t’étais enfuie dans le fin fond de la France pour vivre dans ton petit coin en attendant que ça arrive. T’avais baissé les bras. Je t’en veux pas, je sais bien que t’as essayé de toutes tes forces de convaincre le plus de gens possible de faire les bons choix jusqu’à ce que tu perdes espoir, mais avec le recul, j’aurais bien aimé prendre part à cette révolte.

Sur certains territoires, les gens se sont serrés les coudes pour assurer les besoins primaires de tous. Très vite, des réseaux de voisinage se sont créés, chaque parcelle de jardin et
d’espace vert a été utilisée pour l’agriculture urbaine, et surtout, les champs ont été réquisitionnés pour être cultivés par tous. Sans machines aux énergies fossiles, c’est sûr qu’il en a fallu du monde dans les champs pour assurer la production.

L’hiver, pour faire face aux manques d’énergie et aux températures extrêmes, les familles se sont regroupées pour vivre ensemble et surtout accueillir les personnes les plus fragiles et isolées. On a fait en sorte de n’oublier personne. C’est dans la coopération qu’on a trouvé notre force.

La suite de la chronique de Rebecca Amsellem

Photo : Les Chroniques De Rorschach