X Les idiomes évoluent au fil du temps – on vous met au défi de comprendre un Vaudois du XIIe siècle. Mais à partir de quel moment une langue en devient-elle une autre ?

Le 13 juin 2019 à 19h04, «user 24» pose une question sur le forum de Projet Babel: «Est-ce une bonne idée d’apprendre l’italien en même temps que le latin? Ou pour vous c’est trop similaire et je risque de m’emmêler les pinceaux?» Le lendemain à 16h30, «user 24» revient: «Ma femme qui est Italienne me dit que le latin est totalement différent, même si elle ne l’a pas étudié elle n’y comprend rien et ne voit pas pourquoi je me mélangerais. Pour elle c’est totalement inutile et une perte de temps d’apprendre le latin»…

Madame a raison: l’italien, ce n’est plus du latin. Et c’est à peu près au Xe siècle qu’on s’est rendu compte que les deux langues avaient divergé: en 999, l’épitaphe du pape Grégoire V précisait par exemple que feu le pontifex était polyglotte et parlait, entre autres, le latin et l’italien, preuve que les deux idiomes étaient devenus étrangers l’un à l’autre.

C’est un fait connu, les langues évoluent: les lexiques se remodèlent par emprunts et oublis (bonjour pixel, exit pignochage), les syntaxes se restructurent – le amavi («j’aimai») du latin classique devient habeo amatum en latin vulgaire (ce qui n’est pas sans conséquence sur sa valeur temporelle). Les sons changent aussi: même si on le moquait pour cela, Louis XVIII se présentait encore en 1814 comme le rouè – c’est ainsi qu’on prononçait la diphtongue [oi] dans les temps anciens.

Trop estoit difficile à lire

Pour le domaine francophone, c’est surtout au XVe siècle que se manifeste une conscience aiguë que la langue évolue. Un des exemples les plus célèbres est la «Ballade en viel langage françois» de Villon. La critique, expliquent les spécialistes, s’est d’ailleurs toujours demandé si les quelque 28 erreurs qui se sont glissées dans cette parodie de l’ancien français étaient voulues ou non. De même, au XVIe siècle, Pierre Sala récrira pour François Ier certains vieux romans de la Table ronde. Pourquoi? «Car trop estoit difficile à lire.» En savoir davantage grâce au Temps