pr1 Au lendemain de la remise du rapport « La nuit dans les lieux de privation de liberté », Olivia Gesbert reçoit Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté qui a remis le rapport et Delphine Boesel, avocate au barreau de Paris, présidente de l'OIP.

La privation de libertés est-elle une privation de dignité ? C'est une question qui concerne aujourd’hui 69 000 personnes détenus dans des établissements pénitentiaires… 

La magistrate Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté a publié son rapport « La nuit dans les lieux de privation de liberté ». Et les nuits sont longues en prison. De 19h à 7h, un détenu reste plus de 12h enfermé dans une cellule, sans autorisation de sortie. Promiscuité, insalubrité, manque de lits, prolifération des petites bêtes (des punaises de lit aux rongeurs), cellule trop chaude en été ou trop froide en hiver, les conditions de vie des détenus sont très difficiles voire inhumaines. Le rapport pointe que les droits les plus fondamentaux ne sont pas respectés, notamment le manque d'intimité. La nuit, thème central du rapport, c’est moins de surveillants, peu ou pas d’équipes médicales, des lumières allumées tout le temps qui empêchent de dormir.

La deuxième invitée Delphine Boesel, avocate au barreau de Paris, présidente de l'Observatoire international des prisons (OIP), section française, veille au respect des droits fondamentaux en prison.

"Ce qui nous a alerté c'est que lors des 150 visites par an dans les lieux de privation de liberté, nous faisons toujours une visite de nuit, nous avons observé que les droits fondamentaux, qui déjà posent problème dans la journée, sont encore moins bien respectés la nuit. Les nuits sont longues: 19h-7h", Adeline Hazan

"Les restrictions de personnel et la surpopulation carcérale, car on sait qu'il y a plus de 71 00 détenus dans les prisons françaises, démultiplient considérablement ce qui est difficile à vivre dans la journée. C'est d'abord une question de dignité, parce que déjà vivre à trois dans une cellule de 9m2 pendant la journée c'est très difficile, mais vivre de 18h à 7h du matin sans pouvoir sortir du tout de sa cellule, c'est contraire à la dignité élémentaire qu'un Etat de droit doit apporter aux personnes qu'elle détient", Adeline Hazan

"On parle souvent des violences des personnes détenues sur les personnels, un parle un peu moins des violences des détenus entre eux, on parle, je ne vais pas dire jamais, mais très rarement du fait que des personnels pénitentiaires peuvent avoir des comportements violents à l'encontre des personnes détenues. Ça nous interrogé à l'OIP, on a reçu sur les deux dernières années un peu moins de 200 signalements," Delphine Boesel

"L'incarcération reste beaucoup trop ancrée à la fois dans l'esprit des gouvernants et aussi dans l'esprit de l'opinion publique comme étant la seule sanction qui vaille. JE crois qu'il faut absolument qu'il y ait de la pédagogie là-dessus", Adeline Hazan 

"Je pense qu'il y a urgence à réformer la procédure de comparution immédiate et la procédure détention provisoire, or malheureusement c'est un des grands vides de la loi promulguée en mars 2019 qui n'a pas touché à ça", Adeline Hazan 

"Malheureusement ce qu'on observe depuis une grosse dizaine d'années, c'est que dans notre société française, il y a de plus en plus ce réflexe de l'enfermement", Adeline Hazan 

"Il n'y jamais eu autant de mineurs incarcérés. Notre société tolère de moins en moins les personnes qui ne sont pas dans la norme. Comme s'il n'y avait pas d'autres solutions que l'enfermement", Adeline Hazan 

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