temps Ma thèse en 180 secondes reflète l’enthousiasme grandissant des universitaires pour les joutes oratoires formatées et minutées. Mais est-ce un bien? Ian Florin, de l’Université de Genève, en doute fortement.

En juin dernier, un public nombreux se pressait à l’Université de Lausanne pour voir des jeunes chercheurs suisses romands s’essayer à un exercice d’un nouveau genre. Top chrono! Trois minutes pour rendre la plus compréhensible et intéressante possible une thèse de doctorat sur la régénération des nageoires du poisson zèbre et être sacré vainqueur du soir par le jury. Performance d’ailleurs réitérée lors de la finale internationale, le 29 septembre dernier à Rabat, où cette présentation a obtenu le premier prix.

«Ma thèse en 180 secondes» reflète l’enthousiasme grandissant des universitaires pour les joutes oratoires formatées et minutées. Et pour cause: en ces temps de restrictions budgétaires, le milieu académique voit dans ce type de compétitions un bon moyen de faire sortir la recherche scientifique des murs de l’université, en présentant son travail au grand public dans des ambiances dignes des meilleures Keynote californiennes.

Recherche et logique néolibérale

Plutôt que de céder à l’engouement général, il semble important de poser sur ces concours un regard critique, tant ceux-ci apparaissent comme des manifestations de la soumission croissante du secteur de la recherche scientifique à des logiques capitalistes. D’aucuns diront que c’est l’époque qui veut ça! Le monde universitaire – tel que dépeint dans la politique européenne depuis bientôt vingt ans – ne peut se soustraire aux dynamiques néolibérales qui veulent que seuls survivent les plus entreprenants et les plus méritants. Bingo. Le monde académique s’apparente aujourd’hui à un marché ouvert, au sein duquel les chercheurs s’entre-déchirent afin d’obtenir des postes stables et prestigieux et où les universités s’affrontent pour obtenir des fonds et attirer les collaborateurs les plus brillants. La suite de cette enquête du Temps suisse