kl Nikolaus Wachsmann pose les fondations d’une histoire totale des camps de concentration, aussi attentive à leur rôle au sein du régime nazi qu’aux logiques de leur fonctionnement quotidien. Il y retrace la trajectoire qui les a conduits de la violence à la torture, de la torture à la mort et finalement de la mort à l’extermination.

Évoquer le mot « Goulag » ne crée aucune image mentale. On pense à Soljenitsyne mais on ne voit rien, si ce n’est, peut-être, les immenses étendues de la Sibérie enneigée. On n’imagine pas les geôles de la Loubianka en plein Moscou ou les colonnes itinérantes de prisonniers du Belomorkanal, telles que les a récemment montrées François Caillat dans son documentaire Triptyque russe.

Le terme « camp de concentration », en revanche, génère un imaginaire visuel infernal et presque familier : le portail d’Auschwitz et son « Arbeit macht frei » ; les regards vides et les corps émaciés derrière les barbelés ; les miradors ; les kapos ; comme une métonymie de la Seconde Guerre mondiale et de ses atrocités en Europe. On pense évidemment à Primo Levi, on pense à Jorge Semprún, on pense à Eugen Kogon. Pourtant, alors que la recherche avance à grands pas, la terminologie même reste trompeuse, tant il est commun de confondre « camp de concentration » et « camp d’extermination » dans le vocabulaire commun. Auschwitz, le camp hypertrophié, a presque éclipsé toutes les autres formes carcérales nationales-socialistes, des premiers camps « sauvages » du tout début de l’année 1933 aux « centres de mise à mort » de l’opération Reinhardt en Pologne, comme Sobibór ou Treblinka.

Nikolaus Wachsmann, professeur à Londres (Birkbeck) s’est essayé, à travers une somme monumentale, à décortiquer la réalité derrière le mot, derrière l’acronyme « KL » – Konzentrationslager. D’abord publié en anglais en 2015, le livre a été traduit en allemand l’année suivante, puis en français en 2017. Il atteint 1200 pages dans l’édition Gallimard et se présente, que ce soit par son ampleur ou sa qualité, comme la somme incontournable sur cette question, comme la première « histoire globale » des camps de concentration nazis.

Voir l'analyse de Nicolas Patin, ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire. Il est actuellement maître de conférences en histoire contemporaine, et spécialiste de l’Allemagne du premier XXe siècle