nudge L’économie comportementale (ou nudge) est à la mode. Comment expliquer son succès ? Peut-on attendre qu’elle révolutionne aussi bien la recherche en économie que les politiques publiques ? Ses premiers usages par les gouvernements tendent à tempérer l’optimisme.

L’économie comportementale a le vent en poupe. Ses promoteurs la présentent d’abord comme une « révolution scientifique » visant à substituer à la figure de l’homo oeconomicus animé par une rationalité parfaite, celle, plus réaliste, de l’homme de la rue dont les nombreux « biais de rationalité » pourraient être mis au jour grâce à des expériences de laboratoire. Cinq des quinze derniers Prix Nobel d’économie se reconnaissent dans ce courant de recherche (Daniel Kahneman en 2002, Peter A. Diamond en 2010, Alvin E. Roth en 2012, Robert J. Shiller en 2013 et Richard Thaler en 2017). La part des articles d’économie comportementale dans les quatre principales revues généralistes d’économie (American Economic Review, Quarterly Journal of Economics, Journal of Political Economy et Review of Economic Studies) a crû de 8,5 % dans les années 1990 à 15 % au début des années 2010.

Mais cette vogue de l’économie comportementale ne s’est pas limitée au domaine académique. Ces savoirs s’étalent depuis le début des années 2010 sur les pages centrales de nombreux journaux à destination du grand public.

Pour avoir une meilleure lecture des nouveaux comportements, voir l'analyse de Sophie Dubuisson-Quellier, directrice de recherche au CNRS et directrice adjointe du Centre de sociologie des organisations (CNRS-Sciences Po). Elle conduit des recherches en sociologie économique sur la fabrique sociale du consommateur, à partir de l’étude des interventions des acteurs économiques, des mouvements sociaux et de l’Etat.