chat Comment les sciences humaines traitent-elles les rapports entre humains et animaux ? Entre objectifs épistémiques et politiques, l’animal progresse des deux côtés de l’Atlantique en tant que sujet d’étude légitime, voire en tant que sujet politique à part entière.

« Obscurantisme ». C’est ainsi que l’anthropologue Jean-Pierre Digard qualifie une grande partie des travaux récents en sciences humaines et sociales (SHS) portant sur les rapports entre humains et animaux. Invité par ses collègues à débattre de l’existence d’un tournant animaliste en anthropologie, le spécialiste de la domestication explique que les évolutions sociales des représentations des animaux ont impacté directement la production de la connaissance sur ce même objet. Depuis le XIXe siècle et le développement de la protection animale, l’« animalisme » se développerait en remettant progressivement en cause l’existence d’une frontière radicale entre les humains et les animaux. À partir des années 1970, des intellectuels se mettent à produire des travaux normatifs sur les rapports entre humains et animaux, influant par la suite sur l’émergence de recherches en SHS sur la question. Pour Digard, avec ces travaux, c’est une seconde frontière qui est remise en cause : celle qui sépare la science de l’engagement militant. L’instrumentalisation de la recherche scientifique par les tenants de la cause animale est clairement ici dénoncée, symptôme d’un obscurantisme délétère... Voir l'analyse de Jérôme Michalon, chargé de recherche au CNRS en méthodes, pratiques et communications des sciences et des techniques, et membre du laboratoire Triangle (UMR 5206). Il est l’auteur de Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier, Presses des Mines ParisTech, 2014