love La correspondance amoureuse entre Albert Camus et Maria Casarès, parue à l’automne passé, s’est déjà écoulée à 45 000 exemplaires. Celle que François Mitterrand avait adressée à Anne Pingeot culmine à quelque 80 000 exemplaires. Il y a donc une passion contemporaine pour les lettres d’amour que s’adressent de grands personnages, des maîtres des mots, du mot tendre ou sublime. Qu’est-ce qui nous fascine dans ces échanges? Est-ce le fait que, si nous ne sommes pas tous de grands écrivains, si le discours amoureux n’est pas toujours notre fort, tous nous connaissons l’amour, l’absence, l’attente et l’espoir. Et nos histoires et nos liens s’envolent lorsque nous les reconnaissons sous la plume d’Albert Camus ou de Maria Casarès. La lettre d’amour est une présence. Présence de celui à qui l’on écrit, présence pour le lecteur, ce tiers indiscret, à celui qui écrit.

L’amour et la littérature entretiennent des liens secrets, la correspondance amoureuse nous offre ses rebondissements vagabonds, ses répétitions, son quotidien, son intimité où nous pouvons puiser pour nourrir les nôtres. Alexandre Demidoff a interrogé critiques, éditeurs et libraires pour savoir d’où vient cet engouement et nous livre des extraits des plus belles missives.
Eléonore Sulser, rédactrice en chef adjointe Le Temps


Phénoménale, la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès triomphe dans les librairies. Au même moment, les épîtres de Philippe Sollers à Dominique Rolin éblouissent, tout comme celles de Vladimir Nabokov à son épouse Véra. Enquête sur une passion contemporaine. Sur son vélo Solex, Philippe Sollers, 22 ans, fonce vers le bureau de poste, ce coin d’absolu pour l’amoureux. Dans la poche de cet apollon bordelais, en ce mois d’août 1959 où le soleil est un dard, une lettre pour l’écrivaine Dominique Rolin, plume souveraine, c’est-à-dire sans tabou, belle comme une marquise vénitienne. Elle a 24 ans de plus que lui, une réputation et même une carrière. Ils vont s’aimer pendant un demi-siècle, à Venise, à Paris, à La Rochelle, dans des hôtels de passe, parfois. Ces jours, Lettres à Dominique Rolin, 1958-1980 (Gallimard) offrent un entrelacs stupéfiant d’intelligence aiguisée, d’impatience, de tendresse hors la loi... La suite