juiEn Pologne, on peut acheter un étrange porte-bonheur afin de devenir riche : l’image d’un Juif qui tient une pièce d’argent. Que signifie cette réappropriation populaire de la figure du Juif dans le contexte polonais d’après la Shoah ? Et quelle est la part consciente des préjugés antisémites dans cette représentation ? 

Le touriste qui visite Cracovie et déambule autour de sa Grand-Place et dans les ruelles alentour découvre une ville superbe, riche de son histoire, ouverte sur le monde et dont les agences de tourisme ont de longue date intégré à leurs offres la visite guidée d’Auschwitz. Ce faisant, notre touriste fait son shopping et n’a que l’embarras du choix entre la porcelaine de Bolesławiec ou la cohorte d’anges en bois, en verre, en tissus dont regorgent les boutiques de T-shirts et autres souvenirs.

Mais voilà qu’arrivé à la porte Saint-Florian, la place du Tertre de Cracovie, un portrait arrête son regard. Au beau milieu d’un mur couvert de tableaux représentant, pêle-mêle, le pape, des chevaux, quelques femmes dénudées et d’inévitables couchers de soleil, se tient un Juif. On le reconnaît à sa kippa, à ses papillotes et aussi, osons le dire, à son nez. On le reconnaît d’autant plus facilement qu’il tient à la main une pièce d’or. Voir l'analyse d'Ewa Tartakowsky, docteure en sociologie et chercheuse au Centre Max Weber, elle enseigne actuellement à la Faculté de sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris.