espoir_de_klimtNous traversons bien une crise, plutôt le libéralisme traverse une crise. Pour illustrer cette crise, j’ai choisi de vous parler d’un artiste que j’aime beaucoup (peut-être que ses nus féminins y sont pour quelque chose…), Gustav Klimt.

En effet, l’œuvre des débuts de Klimt et son intégration dans la société en tant que peintre s’effectue en même temps que cette crise du libéralisme qui traverse l’Europe, et notamment Vienne, telle celle qui nous bouleverse aujourd'hui. Cette crise de la bourgeoisie libérale – à laquelle on doit en fait le florissement de la culture et de l’art à Vienne vers 1900 – est très étroitement liée au déroulement compliqué et contradictoire de l’émancipation politique de la bourgeoisie autrichienne. Klimt, qui naît un 14 juillet 1862 (second enfant d’une fratrie de sept) s’inscrivit dans le mouvement de la Sécession, vers 1897 après de nombreux tumultes dans l’association des artistes  en arts décoratifs d’Autriche.

Les peintures de paysages prennent une grande place dans l’œuvre de Klimt. Presqu’un quart de ses tableaux – mais quasiment aucun dessin - n’y est consacré.  Le fait que Klimt n’ait laissé aucun dessin de paysage a, entre autres, un rapport avec sa façon de travailler. Il travaillait dans la nature et utilisait des livres d’esquisses, qui ont presque tous disparus.

Mais surtout, Klimt est réputé pour ses œuvres d’un érotisme troublant, dont on peut percevoir à la fois l’image de la mère et celle de la femme séduisante. L’œuvre « L’espoir » n’a pu être montrée au public pendant des années ; l’imagerie qu’elle renvoyait, selon Otto Weininger (Geschlecht und CharaKter, Munich, 1980) était la mère et la putain. Weininger écrit : « En attendant, on peut considérer les femmes comme appartenant à deux genres et portant en elles une fois un peu plus de l’un et une autre fois un peu plus de l’autre : ces genres sont la mère et la putain…L’une prend n’importe quel homme qui lui sert d’enfant et n’a pas besoin d’autres hommes dès qu’elle a un enfant : c’est seulement pour cette raison qu’on peut la qualifier de monogame. L’autre se donne à n’importe quel homme qui lui donne la jouissance érotique : celle-ci est le but en soi. C’est ici que se rejoignent donc les deux extrêmes. Nous espérons pouvoir ainsi gagner, à partir de là, une meilleure compréhension de l’être féminin ».

Klimt, dans son œuvre « L’espoir » prend le sujet de la femme enceinte, et change considérablement la représentation et la forme de la symbolisation. Elle devient allégorie dans l’œuvre « L’espoir II », car elle se réduit à l’idée centrale de Klimt du cycle éternel de la mort et de la vie en tant que processus fixé par la nature.

Mais Klimt c’est aussi l’espoir dans un monde en mutation. L’œuvre de Klimt, c’est aussi la promesse d’un bonheur érotique sans nuages. Mais surtout, ce qu’il faut retenir de l’œuvre de Klimt, dans sa représentation de la femme et de l’érotisme, c’est qu’elle décharge l’homme de la perception de la réalité sociale qui lui fait peur et le menace.

En cette période où les conflits reprennent, comme au Mali, au Maghreb et autres parties du monde, imprégnons-nous de l’œuvre sublime de Klimt qui ne peut que nous apporter la paix.

Illustration : L'Espoir, de Gustav Klimt, 1903